Alain Laboile, un photographe sensible

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Né en 1968 à Bordeaux, Alain Laboile et sa femme vivent désormais avec leurs six enfants à la campagne. D’abord sculpteur de métal, c’est en 2004 qu’il s’intéresse à la photographie. Encouragé par l’univers dans lequel il vit, c’est assez rapidement que son objectif s’est vu tourné vers ses enfants.
Site internet d’Alain Laboile

Lorsque l’on s’approche de son œuvre, tout un tas d’émotions nous submergent. C’est le sourire aux lèvres et les yeux amusés que nous découvrons doucement la vie familiale, singulière et paisible d’Alain Laboile. Ses clichés, la plupart du temps en noir et blanc, dévoilent des visages malicieux, des pieds mouillés ou bien un peu des deux. En osmose avec l’environnement naturel qui entoure leur maison, ses enfants découvrent et expérimentent la vie avec une liberté délicieuse. Alain Laboile ne programme pas ses clichés à l’avance, c’est son appareil à la main qu’il suit ses envies, ses idées et son instinct.
« Ma photographie n’obéit à aucune idéologie ».
Autodidacte, c’est grâce à quelques forums internet qu’il apprend à perfectionner sa technique. C’est cette même plateforme, interactive et virtuelle, qui va permettre à Alain Laboile de se faire connaître.

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Sans titre, 2015

Aujourd’hui, Alain Laboile expose à l’international ; de Paris à Tokyo en passant par la Russie ou encore Buenos Aires. Pour chaque photo, les enfants ont un droit de regard.
« Je ne diffuse jamais rien sans les consulter ». Par ailleurs, ils se débrouillent toujours pour pouvoir assister ensemble aux expositions, et ainsi voyager en restant unis. C’est cette union même qui fructifie l’œuvre d’Alain Laboile. « Je documente au quotidien la vie de ma famille nombreuse en milieu rural, un peu à la manière d’un ethnologue immergé dans une tribu. ».

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Sans titre, 2014

La démarche d’Alain est simple, son rendu est efficace. Son secret ? L’anticipation. Muni de son unique appareil photo numérique (le 5D Mark III), et connaissant de façon pointilleuse les caractéristiques de son milieu d’habitat, Alain sait saisir l’instant, quand il sent « qu’il se passe quelque chose ». Son inspiration, tirée de son macrocosme familial, se fait donc dans le cadre de son jardin ; « La vieille maison, le jardin bordé d’un ruisseau qui quitte fréquemment son lit, la forêt de bambou et le bassin naturel constituent notre univers. C’est pour moi une sorte de studio géant où la famille évolue et parfois nous y croisons des animaux. Ce mode de vie nous offre le luxe de prendre le temps, d’observer la nature et d’apprécier des moments simples. Quand nous franchissons la frontière, forts de notre sérénité quotidienne, nous sommes immunisés contre la griseur ».

Pour lui véritable moyen de narration, rapide et pratique à utiliser, sa photographie est pour nous comme un nectar visuel qui ravive nos souvenirs. Comme une provocation, ses instantanés nous redonnent espoir face au monde terne dans lequel nous vivons. En contraste avec notre société capitaliste dans laquelle nos enfants grandissent, où ils pensent que le bonheur s’achète, c’est dans la simplicité qu’Alain dévoile le vrai visage de la joie. A l’écoute du monde extérieur, Alain Laboile construit son propre monde intérieur. « J’offre à mes enfants un solide matériel de lutte contre l’oubli ».
C’est en usant de la spontanéité qu’il réussit à figer un instant, à s’approprier un moment pour lui redonner vie en image. Une part d’aléatoire, voire d’heureux hasard parfois participe à enrichir ses photographies, notamment celles qu’il prend en pleine action. Au travers de ses images, la fixité s’éternise grâce à notre imagination stimulée et la fugacité du mouvement s’anime par notre regard.

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Sans titre, 2014

Le travail des matières, fidèle à son travail de sculpteur, se retrouve dans ses photographies. Les gros plans, les macros transmettent son observation pour les détails et rendent à la photographie la texture de son sujet d’origine. Sa composition cache souvent des mystères dans la profondeur de champ dont l’œil se délecte et ne cesse de chercher. La zone de netteté dévoile un éléments pour en flouter un autre, qui n’est jamais sans intérêt. Le choix de la gamme chromatique (sans oublier le jeu des ombres, des lumières et des nuances de gris), offre à ses clichés une puissance universelle et une certaine intemporalité. L’usage de ces couleurs apporte à ses clichés profondeur, volume et volupté. Parfois la symétrie et les lignes de force accentuent son œuvre et marquent l’impact émotionnel de l’image.

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2015

Alain Laboile ne craint pas l’avis du public ni la réception critique de ses œuvres. « Nous subissons parfois la censure, mais cela ne nous déstabilise pas ». Il est vrai que la nudité est souvent perceptible dans ses photos. Cet aspect étant différemment accepté selon les cultures et l’éducation, on peut par conséquent comprendre qu’elle puisse gêner un certain public. Cependant, elle apparaît dans les clichés d’Alain Laboile sans provocation aucune. Comme Cécile de T. de Gabory a pu dire à ce propos, les clichés du photographe sont « affranchis de tout voyeurisme ». Elle ajoute « Laissez-vous transporter par l’énergie, l’humour, la douce cruauté ».

Son travail est souvent comparé à celui de la photographe américaine Sally Mann (1951-), qui étudie elle aussi ses proches et capture les instants dans ses photographies en noir et blanc. Pourtant Alain Laboile ne s’en est pas inspiré, et n’avais d’ailleurs aucune culture photographique à ses débuts. Il préfère se fier à lui-même et écouter ce qu’il perçoit. « J’ai démarré la photographie avec une culture photographique proche du néant. Cela m’affranchit de toute référence et je ne puise que dans ma propre inspiration. Mes lacunes ont œuvré positivement ».

Avec le succès, il était intéressant de savoir si l’arrivée en scène dans « la cour des grands » influençait sa démarche artistique. « Je ne pense pas, ou n’en ai pas conscience. Je suis toutefois devenu plus exigeant quant aux lieux où j’expose, et à la qualité de mes tirages ». Car pour lui, une photo réussie est une photo qui raconte une histoire. Si le public se l’approprie, s’y plonge totalement alors l’auteur est satisfait de son œuvre.
Alain Laboile est donc un artiste qui aime se concentrer sur l’instant présent, et c’est de cette façon même qu’il construit son avenir. Face au temps qui passe, l’artiste répond avec humour « La famille est grande et devrait tendre à l’expansion, dans les années à venir, avec l’arrivée des petits enfants. Cela me laisse de belles perspectives pour l’avenir ! ».

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L’artiste a déjà posté quelques vidéos sur ses sites internet personnels. La plateforme vidéographique l’attire-t-elle ? « J’ai fréquemment des idées de scénario, mais pas une réelle ambition de glisser vers la vidéo. Là encore, j’aviserai si des opportunités se présentent ».

La sphère intime et le monde presque incroyable d’Alain Laboile nous transportent alors dans un univers familial merveilleux, où les enfants mêlés à la nature partagent dorénavant leur jeunesse aux yeux du monde entier.
Simplicité, plaisir, bonheur, malice et espièglerie, insouciance et épanouissement, sincérité et émerveillement… Tous ces mots dessinent une utopie rêvée qu’Alain Laboile nous offre avec générosité.

Cet article a été écrit par Léna Martin avec l’accord et la participation de d’Alain Laboile.